Comment j'ai perdu ma langue
dimanche 26 juillet 2009
Fais-la taire, surtout celle-là...
Je comptais silencieusement les verres qu'il buvait à table. J'étais désagréable quand il avalait la soupe en aspirant bruyamment la cuillère. Manger en face de lui était devenu un supplice. Au fur et à mesure que j'apprenais à l'école et que je lisais des livres, je devenais à même de juger , du moins je le croyais. Pour critiquer, il n'y a pas pire que ceux qui viennent juste d'apprendre. Moi qui voulais tout savoir, je voulais aussi tout redresser et j'en ratais pas une. Mon père laissait dire. Il voyait plus loin. Parfois il disait à ma mère : "Catherine, fais-la taire, surtout celle-là." Alors elle m'envoyer coucher sans manger et je pleurais jusqu'à ce que je m'endorme. Personne n'a jamais cherché à parler de rien avec moi. Il fallait me faire taire. C'est tout. Les réflexions désagréables, ça servait juste à me faire punir. Ca me fait de la peine à repenser à ça aujourd'hui et je voudrais me faire ma propre idée sur ce sujet même s'il y en a d'autres qui auraient plutôt intérêt à brouiller les cartes. Parce qu'après tout, qui est-ce qui lui apportait ses pantoufles, le soir, après le travail quand il enlevait ses gros souliers à semelles clouées, ça été moi, jusqu'à la fin. J'étais fière de cette fonction, bien qu'elle ne m'ait jamais été disputée par personne.
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