Comment j'ai perdu ma langue

samedi 25 juillet 2009

Il était encore une fois

Il faudrait pouvoir comprendre comment il s'est laissé petit à petit enfermer dans un piège Il voulait sans doute des choses qui ne peuvent pas marcher ensemble : que ses enfants ne rencontrent pas les difficultés qu'il avait connues tout en restant fidèle à lui même. Parfois je suis triste : j'aurais voulu pouvoir défendre mon point de vue et empêcher qu'il soit trop gros, qu'il tombe malade et qu'il meure. La langue de ma famille, en fait, j'ai bien su la parler après, avec ma mère. Je savais faire comprendre à ma mère, sans aucun mot compliqué, les livres, les films, la politique.. Je n'ai pas de problème pour parler avec les étrangers qui arrivent à Paris sans un seul mot de français. Mais je ne me souviens pas d''avoir discuté avec mon père pour défendre mon point de vue Je devais penser que je n'y avais pas droit. Il n'y avait pas de temps pour ça. Le jour où mon frère aîné s'est mis devant la porte du cabinet pour m'empêcher d'entrer, alors qu'arrivant de l'école j'avais très envie de faire pipi et qu'à la grande joie de mes deux frères, spectateurs de la scène, j'ai dû faire pipi par terre devant eux, je voulais qu'on le dise, le soir, à mon père pour qu'il les punisse. J'étais bien censée, moi, signaler tout ce que je faisais de pas bien, à l'école par exemple, si reculais dans le classement et j'étais immédiatement punie. Ma mère avait un système très simple pour punir. Si on était un peu loin de sa portée, elle nous disait " Viens ici, que je te frappe !". Et moi, en tout cas, je venais. Mais pour cette affaire-là, pour mon frère aîné, ça pas été pareil. C'est tout juste si on ne m'a pas punie, moi, parce que j'embêtais le monde en faisant des histoires pour rien du tout. Il fallait pas déranger mon père qui rentrait fatigué de sa journée de travail, surtout pourdes choses qui n'en valaient pas la peine. Mon pèr a demandé à ma mère de quoi il s'agissait. Il s'agissait de rien. Les mères privilégient les garçons. Je me demande pourquoi.

Je dois reconnaître que longtemps j'ai préféré me raconter que j'étais une princesse et que si j'étais tombée dans cette famille, c'était par erreur. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond et à partir du moment où je m'en suis rendue compte, je suis devenue une vraie peste.

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